Etape 2

Bivouac de Nejjakh
Bon, avant le départ du rallye nous avions longuement potassé « Le Petit Naturaliste Illustré » qui stipule clairement (en français dans le texte) : « Les Gazelles sont des mammifères, de la famille des bovidés, de la sous famille des antilopinés vivant dans les steppes d’Afrique et d’Asie. La Gazelle est un animal craintif qui rentre au bivouac la nuit venue ». Alors c’est pas du jeu, il y a des gazelles qui passent la nuit dehors, au mépris du danger (le désert est rempli de farfadets et autres gremlins terrifiants) et reviennent vite fait au bivouac le matin, avalent un café froid et repartent illico courir après les balises. Et donc, nous qui rentrons sagement, nous voilà passées de la 27ème place hier soir à la 41ème ce matin (nos copines Nadia et Sophie sont respectivement 11ème et 12ème …) Ca ne va pas se passer comme ça !! Le moteur du monstre jaune et bleu démarre au ¼ de tour (de manivelle) et à 06h10, nous sommes sur la « route ». Etape en ligne aujourd’hui. 180 kms, prévision des organisateurs 10h15. C’est parti donc.
 
Nous cheminons entre des reliefs marqués pour rallier le CP1 à 08h30, un café sur le zinc avec un croissant (un seul, c’est bientôt l’été, il faut garder la ligne) et direction le CP2 atteint à 09h50, un peu tôt pour ouvrir une bouteille de Sancerre. Dommage. Pour atteindre le CP3, les falaises laissent place à une immense plaine de caillasses rougeâtres. Mars, nous sommes sur Mars. Oui, mais tout le monde n’a pas une sonde spatiale avec des pneus en titane…. Boum, une explosion. Quoi ça que c’est pas marqué dans le manuel. Une roue en moins. Allez au boulot, notre seul souci, nous avons 2 roues de secours. Laquelle choisir. Déjà pour choisir une robe c’est pas facile, alors une roue de secours vous pensez. Après quelques palabres, nous nous rendons compte qu’elles se ressemblent étrangement donc ce sera celle-là ! C’est reparti. 12h20, CP3, nous retrouvons des endroits familiers, dont une passe juste avant ce CP3 qui nous avait causé bien du souci l’année dernière. Allez, tout va bien, mais il y a foule, tous les groupes suivent à peu près le même cheminement. Pendant l’attente aux feux rouges nous grignotons. Pas de pause café au CP4 que nous atteignons à 14h30, nous sommes les 3ème à cette balise, cool. Notre souhait, arriver au coucher du soleil au dernier CP au pied des dunes de l’Erg Cherbi à Merzouga. Il y a là-bas un petit troquet sympa perdu au milieu de rien (pas mal comme expression ça « perdu au milieu de rien », relisez et réfléchissez, vous verrez que c’est intéressant).
   
Nous musardons un peu (du verbe musarder qui n’est en aucun cas synonyme d’être paumées, perdues, à la rue, sans boussole et sans carte). En fait les montagnes ont bougé par rapport à la carte. A moins que les 2 bouteilles de Sancerre en plein cagnard…. Peu importe, 17h, CP5 et CP6 sont groupés, hop dans la musette. Direction Tinrheras et sa palmeraie qui jouxte Rissani. Pas de scrupules, nous empruntons la route 3462 puis la nationale 12. Entre nous, la nationale 12 passait à côté du bivouac d’hier, nous allons donc suggérer une modification du tracé aux organisateurs (qui eux empruntent les routes goudronnées, les lâches), car à force de couper à travers les « champs », nous y passons des heures et en cette fin d’après-midi, nous n’avons pas le temps de nous arrêter au marché de Rissani pour prendre 1 ou 2 kgs de dattes pour notre webmaster.
Etrange personnage ce webmaster, il se nourrit de dattes et de semoule, toujours derrière son écran à bricoler ceci-celà, un maniaque de l’octet qui complète le trio des étranges maniaques : celui avec la clé à molette qui bricole sans arrêt notre voiture (on se demande bien pourquoi, c’est une vraie horloge, pas la peine d’avoir le nez fourré dedans sans arrêt) et celui avec la palette graphique qui réalise tous les designs de nos flyers et plaquettes. Un trio d'ours rochons qui bossent dur pendant que nous faisons des ronds dans le sable. 18h, nous dénichons le CP7 à l’Est de Rissani, là où les palmeraies laissent la place à une immense plaine. Sympa l’hôtel à la sortie de Rissani, mais bon, dans une autre vie peut-être….
Le crépuscule est là. Gros nuages gris, peut-être de la pluie pour cette nuit ou pour demain. Maintenant nous devons foncer vers le CP8 (SE) qui se situe au pied des immenses dunes de Merzouga puis rallier le bivouac ou alors aller directement au bivouac. Votre avis ? Pas d’avis, nous si ! Il faut s’arracher des profondeurs du classement, alors on s’arrache et on y va. Oh pis non, Oh pis si, Oh pis non.
De toute manière le bistrot sera fermé et en fait le patron n’est pas des plus commode. Un ancien marin ou quelque chose dans le genre, venu goûter aux charmes de l’Afrique et qui avec les années s’est enraciné. Soit il a sa crise de palu et il tremble tellement que le verre est vide quand il vous l’apporte, soit il est de mauvaise humeur et vous chasse sans vous servir. Gentil, mais un peu misogyne ce garçon. A vous de choisir. Sa tête nous rappelle vaguement quelque chose mais quoi ?
Petit minuscule détour avant d’arriver au bivouac, ce n’est pas du tout une erreur. L’année dernière déjà, nous avions bivouaqué à Nejjakh et le Discovery avait perdu un essuie-glace sous l’orage. Ouff, nous le retrouvons sans problème. En fait nous sommes soulagées, il y avait une petite tension depuis l’année dernière entre le préparateur et nous à cause de cet essuie-glace. Si on réfléchit un peu, un essuie-glace, ridicule de ronchonner pour ça. Nous le rangeons bien au chaud dans la caisse de matériel de rechange (peut-être aurons nous un autre coup de fil de l’organisation à la recherche d’un essuie-glace, nous avons aussi des épingles à nourrice et une agrafeuse en plus de l’embrayage, même un canot pneumatique en cas de pluies diluviennes).
The bivouac, enfin, longue journée. Il nous manque une balise, mais Long is the Road !! Maintenant, trouver le bon emplacement pour la tente. Nous restons ici pour 3 nuits. Inutile de se poser comme des débutantes près des groupes électrogènes. Ce soir, bonne odeur d’épices au Gasthaus local. A table, et tant pis pour les copines (les quoi ?) qui errent comme des âmes en peine dans la nuit noire sous la neige avec les loups. Pour ne pas qu’elles trouvent un repas froid, nous sommes bien décidées à manger leur part.
Rideau
Claudine & Catherine