Etape 6 -2ème jour

Foum Zguid, 26 mars, dernier bivouac
Ite Missa Est .
Oui, dans un pays musulman, une citation latine, ce n'est pas ce qu'on fait de mieux. Mais notre machine à écrire Remington 1936, modèle approuvé par ministère des finances, ne sait pas écrire de droite à gauche, et pour ce qui est des caractères… Alors il faudra vous en contenter. La messe est dite donc, dites-donc les amis, nous avons franchi la ligne d'arrivée, les dés sont jetés. Fatiguées, oui, mais heureuses. Heureuses d'avoir partagé ensemble ces longues et dures journées. Sourires, rires, douleurs, pleurs, convivialité, solitude, bonheur, détresse. Il va nous falloir tout doucement quitter cet univers clos que nous avons toutes ensembles créé tout au long du Rallye pour redescendre dans notre quotidien et reprendre chacune notre route. Tous ensembles convient également, car sur le Rallye, si les équipages sont exclusivement féminins, l'infrastructure qui bosse dans l'ombre est en immense majorité masculine. Etonnant non ? Les 2 jours qui viennent vont nous aider à reprendre pied. La pression va descendre doucement, d'abord demain avec la longue liaison vers Essaouira, puis ensuite avec la parade finale sur la plage. Derniers regards sur cette 2ème journée de la 2ème étape marathon.
Bivouac convivial, échanges riches entre filles d'univers radicalement différents (ingénieuses ingénieurs, éclatante gemmologue, skieuse de l'extrême). Discussions passionnantes et passionnées. Au matin, après avoir rageusement sacrifié « Bip-Bip » à coup de cric (il nous quand même réveillé pendant 8 jours à 04h30 du mat, sans aucune pitié, vous auriez supporté ça vous ? nous non ! Fini « Bip-Bip »), nous décidons de faire route de concert. Ce n'est pas cette année encore que nous ferons chanter les dunes (le sable entre en résonnance sous l'effet des vibrations transmises par le vent, le pas des marcheurs). Les 4x4 ne sont pas le meilleur moyen pour cela…, un peu agressifs, un peu bruyants. Direction la 1ère balise, il est 06h45. Remarquez l'effort par rapport à la 1ère étape marathon, nous avons gagné 30 mn, bon c'est vrai le petit déjeuner a été assez succinct. Vu l'heure matinale, impossible de trouver une boulangerie ouverte. Subtiles, nous avons repéré un espace où les cordons de dunes sont quasiment absents. Nous nous faufilons (comme le sable dans le duvet). 08h15, elle est belle ma balise, elle est fraiche ma balise. Cap WNW à travers cet océan de sable vers le 2ème CP de la journée. 12h, enfin cette deuxième balise est là.
 
Les dunes sont réellement imposantes. Plus hautes qu'a Merzouga, plus majestueuses, plus impressionnantes également. Toujours les 4 véhicules groupés, entraide, mais le temps passe. Cap au Sud maintenant, nous avons en poche les 2 balises qu'il nous fallait pointer dans les dunes, direction le lac Iriki. Flute, zut, enfer et damnation, c'est ça qu'il manque dans nos sacs de voyage. Pas de maillot de bain, dire que nous voguons vers un lac et que nous n'allons pas pouvoir nous détendre au bord de l'eau avec un coktail menthe/fruit de la passion. Déçues, nous sommes déçues ! Quoi, pardon, c'est un lac qui est asséché, salé en plus. Décidemment les temps changent. Il paraît même d'après radio-rallye que c'est devenu un haut lieu du « Kite-Buggy ». En français, char à voile. Ca sonne moins, moins fun, moins ceci-cela que Kite-Buggy, plus pataud. Comme si les plages de Berck ne suffisaient pas. Pollution visuelle d'espaces qu'on souhaiterait à jamais préservés. « Pardon m'dame, vous faites quoi m'dame avec vot' grosse voiture là ? » Ouuupsss. Trêve de digressions, reprenons la piste (ou ce qui y ressemble). 13h30, nous sortons de l'erg de Chigaga.
Un dernier détail concernant cette immensité. Nous avons encore rencontré un drôle de personnage. Comme d'habitude, son visage nous dit vaguement quelque chose mais quoi. Nous n'avons pas osé le déranger, il avait l'air d'être extrêmement concentré et pas très commode.
Enfin nous pouvons prendre un peu de vitesse sur le lac Iriki, l'air qui fouette nos visages, et fait voltiger le sable partout dans l'habitacle, nous fait du bien. Hier soir, nos copines américaines ont sorti de leur voiture des bouteilles de Bourbon. Une cuvée spéciale paraît-il. Nous, notre truc, c'est le Sancerre, alors le Bourbon, ça nous secoue encore des heures après. D'autant plus que ce matin, elles ont vidé le reste des bouteilles dans le réservoir. L'Amérique est un bien curieux pays ! La petite troupe se disloque, ivresse de la vitesse. Contraste saisissant entre la progression lente et méthodique afin d'éviter les pièges de Chigiga et les nuages de poussières que laissent derrière eux nos véhicules sur cette plaine irréelle. Les américaines sont devant (pas étonnant vu ce qu'elles mettent dans le réservoir). Rusées les sancerroises ! Nous les coiffons sur le poteau de cette nouvelle balise (à 15h32 précisément).
Nous repartons à nouveau toutes ensembles. NNW cette fois. 16h30, nouveau CP Merci aux sommets de Mdaouer El Kebir pour le guidage, amers remarquables dans cette immensité. Il reste 2 CP ! Arrrrrggh, 18h, nous sommes trop au sud de l'avant dernier point de contrôle. Nous allons franchir la ligne d'arrivée de nuit, encore une fois. Le temps passe bien vite et cet avant dernier CP se refuse à nous. Il faut se résoudre à l'évidence, nous devons rentrer. Ce soir, les heures de fermeture des CP sont avancées afin que le troupeau soit rentré à la nuit tombante (la semoule de couscous réchauffée, ça colle).

Super, enfin des panneaux indicateurs.
Pas top, c'est écrit à l'envers, rien ne vaut la boussole et la carte.

19h40, pied à terre, les clés sont dans la poche du gilet, le Rallye est terminé. Dernière épreuve avant de gouter ce couscous dont les effluves flottent sur le bivouac et profiter d'un repos bien mérité, retrouver tout ce que nous avons prêté à droite et à gauche ! Pompe à eau, cric gonflable, essuie glace, coton tiges, gourde, plaque de désensablage, foulard, coton et lait démaquillant. C'est fou quand même comme certaines Gazelles voyagent léger. Que l'embrayage de rechange soit du superflu, évidemment oui, personne n'a téléphoné pour le louer, mais tout de même coton-tige et lait démaquillant, impensable! Un peu de tension, dans l'attente des classements définitifs. Les 2 balises manquées aujourd'hui vont-elles nous coûter notre 20ème place ? En attendant le classement, couscous, musique, danse. Demain, 8 heures de route.
Rendez-vous à Essaouira. Va mos a la playa !
Claudine & Catherine