Etape 3

Nejjakh, au bivouac, 2ème soir
Ce matin, le réveil « Bip-Bip » essaie de nous tirer du lit ou plus exactement du duvet à 04h07. Tout est minuté chez les Gazelles des Sancerre, efficacité avant tout, enfin pour nous et l'essentiel, c'est de s'en persuader. Une petite pensée pour les copines qui ont passé la nuit dans le désert. Vu la tempête de sable de cette nuit, elles doivent avoir les dents qui crissent ce matin. La poussière est rentrée partout. Cette tempête, nous l'attendions, le ciel hier soir était d'une teinte orangée qui ne laissait aucun doute. Le vent a soufflé sans relâche et a secoué nos pauvres tentes toute la nuit. La sonnerie du réveil a beaucoup de mal à nous extraire des brumes de la nuit. Pas sur qu'il finisse le rallye, ce n'est pas humain d'oser nous réveiller ainsi. Les nuits sont fraiches et le duvet douillet (duvet, pas david). Les heures de sommeil sont comptées, d'où l'efficacité minutée. Un petit cassé rapide (breakfast), briefing, prise de notes, déneigement de la bête, tour de manivelle, en route à 06h15.
Aujourd'hui, les 3 premiers CP sont communs à tous les équipages et nous n'aurons le road-book définitif qu'au 4ème CP (de vrais pervers ces organisateurs, ils profitent du fait que nous sommes de pauvres Gazelles sans défense). Quelques kilomètres de piste pour atteindre le CP1, pile-poil à 06h30. Route 3461 puis N13, Erfoud, tiens le CP2 est là, nous ne l'attendions pas si tôt. Nous nous arrêtons quand même quelques instants pour pointer. Mais ce matin, c'est goudron goudron, alors les kms défilent. Nous remontons la vallée du Ziz vers le NW par Ksakis, Bordj-Yendi, Aoufouss, Oulad Aïssa et Zouala. Cette vallée fait partie de l'immense palmeraie de l'oasis du Tafilalet (800 000 palmiers dattiers). Le Ziz ne coule qu'en période de rares crues, mais les eaux souterraines irriguent la palmeraie et les jardins. Ici, chaque tribu, chaque vallée, chaque village possède son identité culturelle reconnaissable à sa musique, à ses particularités architecturales, à ses coutumes et aux costumes de femmes, fibules en argent, handiras et coiffes aux volumes et formes variables selon que l'on fait partie des Aït Hadiddou, des Aït Morghad, des Aït Izdeg, des Aït Atta ou d'ailleurs. Les maquillages et les tatouages sont raffinés, racontent une histoire, indiquent l'appartenance, la position dans la société de celui ou celle qui les portent. Une des grandes traditions de la région est un genre littéraire qui lui est propre, le Malhoun, chant déclamatoire comportant pour seuls instruments les mots et le rythme des vers. Comme quoi Grand Corps Malade n'a rien inventé. Cette végétation luxuriante entre ces falaises arides nous fascine. Certaines plantations sont étonnantes, notre route serpente pendant quelques kilomètres à travers l'une d'elles. Drôle de sensations, un étrange parfum d'interdit, à la fois lourd, entêtant et délicat, nous sommes euphoriques. Bizarre ces plantes, dommage qu'il faille aller chercher ces maudits CP, nous aurions bien passé la journée, allongées là à siroter du thé.
A droiiiiiiiittttttteeeeee !!!!!! Voilà ce que c'est, on se laisse distraire par des vapeurs envoutantes, debout sur les freins, boîte courte et bling-blang, la partie de machine à laver commence, cailloux et cailloux et cailloux. CP3 07h50. En plus aujourd'hui, pas de fantaisie, on nous sert la vis (nous on préfère un verre de Sancerre…). Interdit de se suivre, obligation de s'arrêter à plus de 100 m des CP, port du casque obligatoire, port du gilet obligatoire. Bientôt il faudra cirer les godasses avant de monter dans la voiture. Ca rigole pas. Pas du tout. Alors puisqu'il ne faut pas se suivre, autant être devant. A propos des chaussures, un truc à ne pas faire quand on a des tongs, c'est donner un coup de pied rageur dans les pneus pour voir si ils sont bien gonflés. Ca abime les tongs (et les pieds). Maintenant nous le savons. 09h30, le CP4, étonnantes de facilité ces 4 premières balises, soit ça cache quelque chose de vicieux, soit nous sommes trop fortes et nous serons rentrées pour le match de Rugby à 14h15.
En route vers le CP5…… Oui, bon d'accord, nous avons mis beaucoup, beaucoup de temps pour y arriver. Mais nous avons des excuses, et de bonnes excuses. D'abord nous sommes passées juste à côté, mais une caravane de dromadaires a détourné notre attention. Donc raté ! Fascinant d'admirer ces guerriers nomades, nobles et majestueux. Ils cheminent à travers le Sahara avec pour seul guide les étoiles (enfin nous nous comprenons, la nuit seulement). Et puis, il y avait une piste qui nous tendait les bras alors…. Et enfin, nous avons été complètement déstabilisées par un appel de l'organisation. Encore un ! « Allo Ouiiiiiii, Gazelles Services j'écoute. Quoi ? Quoi ? une paire de skis ». Alors là, le préposé au téléphone doit arrêter la tisane, ou alors, il est resté trop longtemps dans les plantations magiques. Mais non, c'est simplement Carole Montillet (d'accord elle est 1ère au général) qui a une petite nostalgie et qui souhaite descendre une ou 2 dunes….. Abasourdies, les bras ballants nous faisons demi-tour vers le CP5. Vous imaginez l'affaire si Florence Arthaud ou Ellen Mac Arthur venaient sur le rallye ? « Allo les gazelles, il nous faudrait un 60 pieds, le vent est bon ». Pourquoi pas Alain Prost et sa formule 1.
On se calme, une barre de céréales ou 2, quelques dattes, 3 gorgées d'eau et enfin ce CP5. Il est 13h15. De vastes étendues sableuses nous accompagnent jusqu'au CP6. 15h touch down, il est là et Chabal joue sans nous ! Nous négocions astucieusement la descente vers la vallée du Ziz qui nous amène sur le CP7 vers 16h15. Nous choisissons la route pour nous rapprocher du dernier CP. Toujours le même dilemme, allez le chercher signifie en gros encore 2 heures de route et d'efforts ou rentrer au bivouac pour se reposer. C'est la 2ème solution qui est choisie.
Demain, grosse étape dans les dunes et ensuite 2 étapes marathon de 2 jours. Quelques heures de repos ne seront pas de trop. Douche, repas. Contraste étonnant, nous passons la journée dans la poussière, à crapahuter dans les rochers et le sable (c'est surtout la voiture qui crapahute, nous on essaie de la faire aller où elle ne veut pas aller), à bricoler ce que nous pouvons bricoler sur ces gros 4x4 et le soir un chef avec un grand chapeau blanc (ça y est le mot exact c'est toque) et des gants nous sert des petits plats. Bizarre. Nous on mangerait bien un ragout de chèvre et de la taguela cuite dans le sable sous la braise d'un feu de branches d'acacias.
Gros nuages ce soir, attention à la pluie pour la nuit, on ferme les fenêtres, on ferme la tente et on se recroqueville au fond du duvet (plein de sable). Ce soir, il est 23h11, nous sommes 27ème au général.
Bonne nuit    
Catherine et Claudine